dimanche 4 janvier 2015

Et la lumière fut..



D'ici quelques jours, Mais Ne Nous Délivrez Pas Du Mal va donc définitivement fermer ses grilles, et ceci après trois ans et demie de loyaux services. La plate-forme blog a laissé place à un nouveau site, qui n'a évidemment pas fait disparaître tout ce dont vous avez pu vous repaître ici. Une nouvelle aventure en somme.





dimanche 21 décembre 2014

Mais Ne Nous Délivrez Pas...de la fin !

La rareté des articles et le tempo pianissimo du blog ces temps-ci n'est pas dû à un relâchement de votre humble serviteur. Ni à une fin d'année peu excitante. En vérité, Mais ne nous délivrez pas du mal va se laisser mourir...pour renaître ailleurs ! Nouveau titre, nouvelle interface, et quelques nouveaux articles qui mijotent dans leur coin : à quelques exceptions près, toutes les anciennes chroniques, ainsi que les sections, seront également de retour. Rien ne sera donc perdu.
Le lancement du nouveau site se fera bien sûr dans les jours à venir...


samedi 13 décembre 2014

Cin'Express #15 - Novembre 2014

* L'incomprise, de Asia Argento : Plus discrète, moins méchante, plus posée, plus  "maman", Asia Argento revient et nous cause encore d'une enfance qui se consume dans les cris. Ballottée entre deux parents borderline et caractériels, la petite Aria (changez une lettre et voilà) erre entre deux maisons, entre deux couloirs, entre deux crises. On guette les miettes auto-biographiques (artiste traversée d'élans ésotériques, le rôle de Charlotte Gainsbourg évoque de temps à autre Daria Nicolodi, mère d'Asia à la ville) et on se laisse emporter par la fraîcheur de la jeune interprète. La fantaisie, la lucidité et la rage punk de la réalisatrice occasionnent des moments féroces, mais on voit vite où la belle veut en venir : le film finit par tourner en rond et se termine dans une urgence maladroite. Cherchant maintenant à isoler son métier d'actrice, on espère tout de même que la jeune femme trouvera de nouvelles choses à dire, au risque de continuer à se marteler le cœur.

* Une nouvelle amie, de François Ozon : Il est entendu qu'Ozon ne parviendra pas à retrouver la subversion qui agitait ses débuts. Mais il essaye, il tente : on aime bien. Une nouvelle amie est de ceux là, renouant avec un sujet aux couleurs LGBT déjà glorieusement abordé par Dolan (le cross-gender en l’occurrence). Vendu comme un thriller malsain (problème de com' ? Promo mesquine ?), Une nouvelle amie est surtout une belle romance couleur arc en ciel, où un veuf retrouvant goût à la vie par le travestissement, fascine la meilleure amie de sa défunte épouse. Entre comédie et drame, Ozon jongle avec ce qu'il préfère (des parfums nécrophiles renvoyant à sa première période et à Hitchcock, un Duris tout en kitcherie, des chansons populaires magistralement utilisées), s'amuse et trouble, et émeu souvent (la très belle scène dans la boite gay). Un joli doigt d'honneur aux excités du gender et aux manifestants bleu et rose.

* Respire, de Mélanie Laurent : Après le bashing, la réconciliation ? Actrice remarquée mais guère futée, Mélanie Laurent revient à la réalisation avec un teen-movie pas aussi frais et optimiste que son affiche le laisse entendre. Surprenant donc. Ni histoire d'amour, ni belle histoire d'amitié, Respire c'est plutôt la lol génération en pleine déconfiture, avec la relation entre une ado simple et aimée et la nouvelle de l'école, une blonde au caractère bien trempée qui va se révéler scandaleusement corrosive. Le thème de la perversion narcissique est ici traitée sans sensationnalisme, et se montre même terrifiant (puisque scandaleusement ancré dans la banalité du quotidien) jusqu'à la dernière image. Outre deux actrices vedettes très en forme, c'est le climat anxiogène qui dénote une vraie maîtrise de la tension, comme un étau qui enserre le spectateur et le personnage principal en un tour de main. 

* Eden, de Mia Hansen-Love : Un sujet ambitieux - en l'occurence la french touch - tourné totalement vers l'hexagone et rarement (voire jamais) abordé : Eden était prometteur. Mais cette fresque musique sur les aventures d'un DJ biberonné au Garage s’essouffle diablement vite. La raison ? Jamais la réalisatrice ne réussit à rendre touchant cette suite de vignettes souvent incroyablement banales, et qui refusent catégoriquement de faire corps avec la musique qu'elle aborde. Une œuvre plate et interminable, parfois réveillée à coup de Daft Punk (qui traversent le film au détour d'un running gag) ou par la gouaille de Vincent Macaigne.


* Interstellar, de Christopher Nolan : Un peu d’esbroufe, un peu de paillettes, de stars et boom : Nolan vous a eu. Sous influence Spielberg (qui était sur les starting blocks à l'origine), le monsieur blockbuster du moment scrute les étoiles et fait pleurer tout son casting quatre étoiles. C'est là la plus grande surprise d'Interstellar : faire passer son cinéma glacé habituel à du mélo SF qui chouine du côté de 2001. Moins bavard, plus spectaculaire, (beaucoup) plus concis et plus sensationnel, Gravity lui brûle hélas la priorité côté suspens spatial. Reste Hans Zimmer qui se prend soudainement pour Philip Glass avec une composition massive toute en orgue et en mélancolie.

* Nightcall, de Dan Gilroy : Vendu comme un sous-Drive (jusque dans son retitrage parfaitement inutile), Nightcrawler partage en effet quelques références communes avec le chef d'oeuvre de Refn (Friedkin, Mann, L.A la nuit, des bagnoles...) mais s'arrête gentiment là. Outsider maigrichon aux yeux fou, Jake Gyllenhal change de cap et de peau en strider vampirique, qui hante les nuits de la cité des anges en filmant les pires horreurs pour satisfaire l'audimat. Carré, acide, élégant, ça tire sur l’éternel voyeurisme télévisuel sans dire quelque chose de nouveau. Parfois longuet, rarement renversant, trop prévisible, la mécanique huilée s'enraye à mi-parcours. Reste le numéro de son acteur vedette, inattendu en Patrick Bateman de la caméra.

* La prochaine fois je viserais le cœur, de Cédric Anger : Au pire des cas, on attendait un téléfilm F3 un peu glauque, avec Canet qui nous fait encore le coup du contre-emploi derrière des arbres morts. Le résultat final, lui, est un surprise inespérée. Dès le début, troublant et brutal, on sait déjà qu'on est loin de Louis la Brocante. Esquissant à merveille la psyché de son tueur (un policier partant enquêter sur ses propres meurtres !) sans chercher à la déloger de tout son mystère (schizo ? Homo refoulé ? Misogyne allumé?), cette plongée dans la grisaille campagnarde captive, et apprend à savourer les instants bizarres (le film s'ouvrant et se conclue dans le plus grand mystère sur une photo languissante de David Hamilton) ou éprouvants (des attaques impitoyables). Une sacré bonne surprise.

* [REC] 4 Apocalypse, de Jaume Balaguero : Difficile de déterminer quel est le plus triste dans cette affaire : qu'il s'agisse du plus mauvais film de Balaguero ou qu'il conclue pitoyablement une saga qui ne s'imposait pas ? Dans un cadre pourtant inhabituel au film de zombies/contaminés, en l'occurence un bateau, ce quatrième opus tente de recoller les morceaux entre le dyptique initial et le troisième volet, qui n'était qu'un spin-off. Mais comme le Titanic en son temps, l'entreprise prend l'eau et coule de toute part : personnages sans intérêts (militaires à la chaîne, héroïne antipathique et geek bouffeur de barres chocolatées), scènes d'action filmées à la truelle, péripéties faisandées (on pique même le moteur de hors-bord de Zombie Holocaust), zéro idées, ambiance foirée...heureusement, c'est quand même la fin.

mercredi 12 novembre 2014

Massacre à la Tronçonneuse (1974) Tobe Hooper : Sick Sad World


À son époque, Texas Chainsaw Massacre fut un interdit, un pavé dans la mare, une révolution. Un objet fédéré, qu'on se passait presque sous le manteau (malgré un passage remarqué à Avoriaz), qui quittait petit à petit son statut de légende urbaine pour atteindre celui de classique. Tout comme La nuit des morts-vivants puis Evil Dead en leur temps, ce qui n'aurait pu être qu'une simple série b deviendra une leçon de cinéma et un modèle pour tous les bricolos un peu tarés du cinéma.


1974 – 2014 : aujourd'hui, le film fête ses quarante ans, revenant dans une copie flambant neuve qui fit hésiter les puristes ("pourquou vouloir nettoyer un film si crasseux ? ") avant de s'imposer en redécouverte indispensable. Un bien beau cadeau à une œuvre beaucoup moins hasardeuse que ses congénères de l'époque, et fignolée avec une incroyable maestria, que Hooper abandonnera dans la suite, inégale, de sa carrière. Les nombreux – et superbes – travellings, les contre-plongées, les tableaux de désolations à la fois étouffants et sublimes (ciel bleu dévorant, nuit sans fond, aube dorée). Rarement dans le cinéma d'horreur, la texture des décors avait semblé aussi palpable, avec ces herbes brûlées par le soleil, ces murs qui s'effritent, ces charognes pendues ou ce générateur électrique annonçant la célèbre tronçonneuse. 
Bruit de cercueils cassés dans l'obscurité, os séchés, viande ruisselante, cadavres encore agités de spasmes : une proximité macabre inédite en son temps, radicale et sans détour. Le générique, sur fond de marques solaires rougeoyantes et de faits divers sordides, donne le ton : l'Amérique est un triste monde tragique.



Cauchemar du flower-power, conte de fées putride (ces bois en pattes d'araignées, digne de la forêt de Blanche Neige de Disney), faux slasher (le film évoque déjà l'iconisation du masque de terreur et de l'arme toute-puissante, le sacre de la final girl...), cartographie sans pitié des States : les milles et une facette de Massacre à la tronçonneuse fascinent encore et toujours. Sa manière de suggérer la violence fera peu d'émules (les suites dévoileront, en terme graphique, tout ce que Hooper avait tenté de nous cacher), mais ces dégénérés feront indéniablement des petits, bien que Délivrance et 2000 Maniaques avaient déjà tâté du terrain côté rednecks. Hooper laisse l'imagination courir, avant que les séquelles ne révèlent le pot aux roses. 

Mais à contrario d'un Psychose plus feutré, la réutilisation du mythe d'Ed Gein se fait ici dans la plus totale crudité, avec ce mobilier humain nous faisant écarquiller les yeux aux quatre coins de l'écran. L'humain, recyclé comme au temps de l'Holocauste, devient masque, lampe, chaise, gri-gri, nourriture sans doute (le cannibalisme n'est encore que sous-entendu dans cet opus) : l'homme est relégué à son statut de barbaque et d'animal à découper.


L'humour noir distillé à petites gouttes (Franklin l'handicapé, semble être le souffre douleur du film, et Leatherface, boucher de l'enfer, est un poupon travesti compensant sans doute avec sa lame, idée que sa suite exploitera avec jubilation), les cris inondant de plus en plus la bande-son, l'art de filer droit comme un train qui hurle : Hooper a un sens du crescendo remarquable, qui éclate dans un climat d'hystérie collective donnant l'impression de s'engouffrer dans un asile grand ouvert. À bout de souffle, les dernières minutes restent un sommet d'horreur crépusculaire, avec cette danse vrombissante sur fond de soleil levant, qu'un cut définitif achèvera dans les mémoires. Un chant de mort indémodable.

LE BONUS : INFLUENCES À LA TRONÇONNEUSE 

* Night of fear (1972) Terry Burke : On pourrait vous parler de Wake in fright, autre grand film australien sur l'enfer rural, mais ce Night of Fear, aussi obscur que inédit de partout, a davantage d’accointances avec le film de Hooper. À l’origine, celui-ci était le pilote d'une série tv baptisée Fright (façon Tales from the crypt and co) qui ne verra hélas jamais le jour : il faut dire que ce premier (et dernier) essai avait frappé fort et s'est vu condamné fissa par la censure. Trop fou, trop bizarre, autant pour le cinéma que pour la télé, cet ovni complètement dégénéré finira abandonné. Plutôt triste lorsque l'on découvre ces 50 minutes haletantes, sans aucun dialogue, où une jolie blonde se plante en voiture et finit poursuivie par un fermier ravagé du ciboulot. L'atmosphère déliquescente (sexuellement plus dérangeante encore) qui fera le bonheur de Hooper est déjà là en filigrane, le tout d'une cruauté et d'une inventivité (le montage, complètement fou, évoque un cauchemar éveillé) constante.

* L'abattoir humain (1973) William Girdler : On a connu ce brave artisan de Girdler bien plus en forme à l'avenir (Grizzly, Day of the Animals...) avec ce petit film grindhouse à l’intérêt quasi-documentaire. Car inutile de le cacher : Three on a Meathook (de son vrai nom) est vraiment très très mauvais ! Excessivement bavard, mou, ringard, même pas drôle : on est pourtant en présence d'un des rares pré-slasher complètement oublié de cette époque (comme le british The Haunted house of horror) : ainsi, quatre copines se paument dans la cambrousse et se font alors dézinguées une par une (les quelques meurtres gores sont d'ailleurs ce qu'il y a de plus réussi) par leurs hôtes, des paysans du cru pas si accueillant. Des dérives annonçant clairement l'atmosphère rurale de TCM (fermiers louches et boucherie pas très catholique). Du massacre donc, mais sans tronçonneuse.

* Deranged (1974) Alan Ormsby & Jeff Gillen : Si TCM se contentait de reprendre des éléments de l'affaire Ed Gein, ce Deranged, d'ailleurs longtemps resté dans l'ombre, en est une retranscription plus officielle, bien que les noms furent changés. Il faudra In the light of the moon en 2000 pour un biopic plus détaillé du célèbre collectionneur nécrophile : mais il faut avouer qu'en attendant, cette variation trash de Psychose faisait tout aussi bien l'affaire. Se retrouvant seul à la mort de sa mère, Erza Cobb (incarné par l'impayable Roberts Blossom, dont le physique de "jeune vieillard" ne passe pas inaperçu) se met en tête de reconstruire le corps abîmé de sa génitrice, qu'il est allé bien sûr repêcher au cimetière du coin. Fatalement, les cadavres des tombes voisines ne suffiront plus et des victimes, vivantes elles, suivront. Très porté sur l'humour noir et le grotesque (pas toujours volontaire, comme ce présentateur moustachu interrompant sans cesse l'action !), Deranged frappe fort par son atmosphère lugubre, volontiers plus bizarre et gerbante que celle du film de Hooper : à tel point qu'on en viendrait presque à sentir les effluves des cadavres en décomposition. Réalisé la même année, hanté par la même imagerie "edgeiniene" (on assiste même à une scène de repas similaire), on ne saurait dire si l'un des deux aurait inspiré l'autre. Restons-en à l'heureux hasard....

* La colline a des yeux (1977) Wes Craven : Si La dernière maison sur la gauche (au même titre que TCM) avait eu un impact non négligeable malgré son amateurisme, on ne peut pas en dire autant de La colline a des yeux, qui ressasse une vague légende de famille sauvage, pour mieux se démarquer du film de Hooper avec un clash tragique entre deux clans, l'un civilisé, l'autre primitif et cannibale, dans le désert californien. Hormis la découverte de la tronche hallucinante en pain de sucre de Michael Berryman, il faut avouer que ce petit classique traverse bien mal le temps : risible, ramassé et vieillot, autant dire que le remake d'Aja s'imposait sans soucis. Ce qu'il en reste ?  Les miettes thématiques de La dernière maison... (la barbarie derrière l'homme civilisé). Sa suite, réalisée en 1985, fera encore pire.


* Le crocodile de la mort (1978) Tobe Hooper : Réponse plus qu'évidente au succès de son œuvre phare, ce Eaten Alive ne connaîtra pas les mêmes honneurs, même s'il rejoignit également la fameuse collection de Rene Château des "films que vous ne verrez jamais à la télévision". Après Ed Gein, c'est Joe Ball (un paysan texan psychopathe qui jetait ses victimes en pâtures à ses crocodiles d'amour) dont s'inspire Hooper et son scénariste Kim Kinkel, ici aidés par un budget plus conséquent. Plus violent, plus grinçant mais moins percutant, ce "on prends plus ou moins les mêmes (on retrouve même Marilyn Burns en gueuleuse de service) et on recommence" ne sera pas une bonne expérience pour Hooper, qui quittera le plateau et laissera un autre quidam terminer le boulot. Il y a pourtant une vraie alchimie bizarre dans cette serie b méchante à souhait (la faux remplace d'ailleurs la tronçonneuse), en particulier dans l'utilisation les décors studios, irréalistes mais anxiogènes, comme un mauvais songe dont on n'arrive pas à sortir.

* Tourist Trap (1979) David Schmoeller : Sans aucun doute le démarquage le plus intéressant et le plus malin du film d'Hooper, qui part d'un canevas identique (des jeunes adultes paumés dans un coin aride, une station service zarbi, une maison isolée : même le tueur porte un masque le faisant ressembler à Leatherface !) pour s'aventurer ouvertement dans le cauchemar eveillé façon Quatrième Dimension, tout en modernisant le mythe du musée de cire par le le slasher (ce dont se souviendra La maison de Cire, qui lui piquera quelques idées). La scène d'introduction, qui laisse pantois, guide un perso chair à canon vers sa mort tout en accumulant les détails bizarres (comme ces apparitions dérangeantes de mannequins semblant doués de vie).  Entre la musique lancinante de Donnaggio, ces faciès grimaçants surgissant dans la nuit et ce goût pour la poésie et l'hystérie, voilà un bijou tordu comme on les aime.

* Nuits de Cauchemar (1981) Kevin Connor : Imaginez un épisode de Shérif fais-moi peur avec du fermier cannibale au milieu, et vous aurez une idée que ce Motel Hell (titre original renvoyant à la devanture défectueuse du décor principal), devenu culte pour ses quelques idées branques mais hélas bien surestimé. Un couple de rednecks, frère et sœur, récupère les touristes égarés et autres auto-stoppeurs pour agrandir leur potager humain (!) et en faire des plats pas vraiment vegan. Relativement bien emballé, le résultat laisse pourtant de côté son prétexte horrifique jusqu'à son derniers tiers, beaucoup plus délirant: en témoigne l'apparition de Rory Calhoun en cochon armé d'une tronçonneuse, soit le premier jambon psychopathe de l'histoire du cinéma. C'est peu, mais c'est déjà pas mal.

* Le sadique à la tronçonneuse (1981) Juan Piquer Simon : "You don't have to go to Texas for a chainsaw massacre" scandait l'affiche ! Pourtant, il s'agit plus d'une réponse européenne à la vague du slasher qu'une resucée du film de Hooper (auquel il ne fait qu'emprunter la fameuse arme), Pieces est un bon gros film bis qui tâche, écartelé entre des relents nanardesques (vf anthologique, karaketa surgissant de nulle-part, rebondissements débiles) et une violence graphique tantôt crasse, tantôt stylisée. Il n'est évidemment plus question de suggestion ici, mais plutôt de générosité (fini le hors-champ et bonjour le charcutage), jusque dans une incroyable mise à mort au ralenti sur un matelas pneumatique, dont la cruauté n'aurait pas déplu à un certain Argento. Quant au sursaut final, hésitant entre l'effroi et la bêtise la plus totale, il résume bien l'interêt de la chose.

* Mother's Day (1981) Charles Kaufman : Pas très loin de la parodie, Mother's Day s'en tire pourtant bien mieux que certains de ses congénères : la touche Troma (c'est le frère de Lloyd Kaufman, patron de la firme, qui réalise) y est sans doute pour quelque chose. Survival champêtre à bases de bouseux consanguins, le résultat détonne surtout de par son humour noir, sa violence outrancière et des personnages féminins bien décidés à en découdre (dont la mère du titre, une matriarche maniaque clouée sur son fauteuil roulant). Un spectacle bien allumé, jusqu'au à son épilogue presque flippant. Notons par ailleurs que si son remake de 2010 est si réussi, c'est surtout qu'il n'entretient pratiquement aucun rapport avec l'objet du délit. Et tant mieux dans un sens.