Recette bien connue, la déclinaison d'un grand succès par ces petits malins de ritals s'est acoquinée à tous les genres possibles. Alors que la belle Emmanuelle de Just Jaeckin part frétiller à Bangkok et s'octroie une suite l'année suivante, l'Italie va offrir sa réponse au succès français : il débauchent une jolie figurante d'
Emmanuelle 2, une superbe indonésienne du nom de Laura Gemser et en font leur
Black Emanuelle (et avec un seul m pour éviter tout problème de droit).
Moins éthérée et moins candide que son modèle, Gemser éblouit à son tour par son naturel et sa beauté lumineuse, régulièrement mis à mal par une série de films s'affranchissant de nombreux tabous. Lorsque Joe d'Amato, devenant progressivement le pape du Hard italien, s'empare de la déesse, il transforme les leçons de plaisirs en film d'aventures trash, faisant de Black Emanuelle une héroïne bien plus intéressante que sa cousine hexagonale ! Une escapade dans un cinéma bis qui ne connaissait aucune limites : tour d'horizon...
* Black Emanuelle en Afrique / Emanuelle Nera (1975) Bitto Albertini :
Il fallait donc lancer la belle Emanuelle sur la route du vice, et pour ce, autant commencer par ce qui se fait de plus exotique : l'Afrique. A y regarder de plus près, et hormis le fait que la jeune Emanuelle ne soit pas mariée, l'intrigue est très largement empruntée au film de Jaeckin : tout comme son homologue française, Emanuelle zone dans un hôtel bourgeois à l'étranger et y découvre le plaisir charnel, en l'occurrence ici auprès d'un couple aux moeurs libertines (comptant d'ailleurs une Karine Schubert bien peu mise en valeur par sa coupe de garçonne fatiguée). Reporter, Emanuelle explore la région et photographie tant qu'elle peut, quand elle ne couche pas avec quelqu'un (et si ce n'est pas elle, quelqu'un d'autre s'en chargera !).
Tout ça est léger, très léger : la fantaisie sordide d'Amato n'a pas encore pris place dans l'univers de Black Emanuelle, et il faut se contenter de voir évoluer la belle Laura Gemser dans des décors de cartes postales, très souvent en compagnie de Gabriele Tinti, son mari à la ville qui restera fidèle au poste sur le reste de la saga. A défaut d'être trash, ce premier opus est très régulièrement caviardé d'inserts hard totalement hors propos (la doublure de Gemser a bien cinq ou dix kilos en plus...), le tout enrobé dans un esprit d'une finesse incomparable (le raccord pompe à essence/pénétration, ooooh mais dites moi...). C'est trop peu, hélas. Mais les aventures de la jolie métisse ne fait que commencer : Gemser ne fut cependant pas concernée de suite ; alors que le flambeau est repris par d'Amato, Albertini tourne dans son coin un piteux
Emanuelle Nera 2, qu'on passera gentiment sous silence. Pas fatigué, il signe même en 77
Yellow Emanuelle !
* Black Emanuelle en Orient / Emanuelle Nera : Orient Reportage (1976) Joe d'Amato :
Si le très bisseux Joe d'Amato prend ici le relais, il n'en reste pas moins que cette première suite est la plus mauvaise de toutes ! Les festivités, sans surprise, se déroulent entre la Thaïlande (avec ses fameux massages) et le Maroc, le tout agrémenté des habituelles orgies/scènes saphiques/scènes d'amour dont la série
Black Emanuelle a le secret. Si on pouvait excuser la platitude du premier volet qui se contentait de mettre en route la machine, on se surprend à voir un d'Amato bien gentillet et pas encore taraudé par ses obsessions morbides et poisseuses. Reste une faute de goût assez ahurissante pour être signalée : une scène de viol où Emanuelle, attrapée par une poignée de gardes patibulaires, finit par accepter son sort et remercier ses ravisseurs !! Très classe...
* Black Emanuelle en Amérique / Emanuelle in America (1977) Joe d'Amato :
Avec ses tendances bien mal placées comme il faut, Joe d'Amato avait compris qu'il fallait pimenter les aventures de sa belle héroïne en la parasitant de situations de plus en plus incongrues, faisant glisser le graveleux vers le scabreux, puis définitivement vers l'horreur. La douce se lance dans des missions visant à infiltrer des demeures bourgeoises pas très nettes, et dont elle compte bien dévoiler l'envers du décor. Au delà des trafics habituels (femmes, armes....) et frivolités de rigueur (dont une scène de triolisme lesbien dans une piscine et une partouze dans un palais vénitien), on passe tout de même à une autre étape : d'Amato ne se gêne pas de franchir la barrière de la zoophilie (avec des soins non simulés prodigués à un cheval surexcité) puis du gore, avec une insistance inattendue sur des vidéos snuffs (fake évidemment).
Fugaces mais diablement marquantes, ces excursions vers l'horreur ne font pas de cadeaux, véritables échantillons infernaux et muets qui dépassent en sadisme certaines scènes de
Cannibal Holocaust ou de
Salò : même le réalisme estomaquant des maquillages dénotent avec le gore plus amateur auquel nous habitue souvent Amato. Fini les globes-trotters de rêve, d'Amato nous renvoie aux heures décadentes du Mondo, qui nous rappelait que notre planète était un enfer à ciel ouvert. Mais le ton de l'épilogue se permet aussi quelques échappées, se moquant ouvertement de l'exotisme toc dont la saga
Black Emanuelle aime généralement se repaître !
* Emanuelle chez les cannibales / Emanuelle e gli ultimi cannibali (1977) Joe d'Amato :
Si le précédent opus ne se teintait d'horreur que dans sa dernière partie, qu'à cela ne tienne : ici d'Amato croise Emanuelle avec le cannibal-flick, très en vogue en Italie. On commence donc à New-York (comme souvent), notre héroïne sans peurs s'infiltrant dans un asile où il ne se passe pas des choses franchement catholiques. Quelques heures plus tard, la voilà débarquant en Amazonie à traverser une jungle qui a la saveur du danger ; méchant serpent, sables mouvants, trafiquants louches...et cannibales bien sûr. Résultat, une nonne se fait arracher un téton et cette gourmande de Susan Scott (ici très en forme) se fait dépecer : farfelu, racoleur et épicé, ce cross over déroutant a tout du plaisir coupable.
* Vicieuse Emanuelle / Velluto Nero (1976) Brunello Rondi :
Entre ses retitrages semant le doute (en dvd, il fut rebaptisé
Black Emanuelle, White Emanuelle, qui est le titre d'un autre sexploitation de la même époque surfant sur le même filon) et la présence de Laura Gemser dans le rôle d'Emanuelle, ce
Velluto Nero se l'a joue fausse suite l'air de rien, comme le piètre rape and vengeance
Emanuelle, Queen of Sados (avec toujours Gemser). Devant l'objectif, et non derrière comme à son habitude, Emanuelle prend la pose en Egypte dans un second rôle se frayant un chemin dans des chasses-croisés sulfureux en plein désert. Il faudra donc tisser un lien entre la belle, une bourgeoise nymphomane et ses deux filles plantureuses (dont la superbe Annie Belle, qui fut en tête d'affiche de deux sous-Emmanuelle de la même époque :
Annie et la fin de l'innocence et
Laura, adapté justement d'Emmanuelle Arsan !), des gourous de pacotilles (incarnés par Al Cliver et Feodor Chaliapin) et un photographe aux tendances vaguement nécrophiles. S'il se rattache très vaguement au reste de la saga, il n'en reste pas moins (et curieusement) l'un des meilleurs !
Tourné dans un scope sublime avec le scénariste attitré de Fellini aux commandes, le résultat joue la carte de la ballade ellegiaque et morbide, où viennent s'incruster des scènes de rites étranges aux confins du fantastique. Sans compter des scènes de shoot photos hallucinantes, où la belle Emanuelle est priée de s'acoquiner avec des charognes et des cadavres encore chauds ! Envoûtant, fou et relevé par un superbe score, c'est bien la perle noire de cette saga.
* Black Emanuelle autour du monde / Perché violenza alle donne ? (1977) Joe d'Amato :
Décidément très motivé par le tournant trash qu'il vient d'opérer, Joe d'Amato signe et persiste sous un motif vaguement féministe : les femmes s'en prennent plein la gueule, c'est moche, et Emanuelle compte bien s'occuper de tout cela. Un prétexte pour s'appuyer sur des humiliations sexuelles en tout genre (dont des viols zoophiles, merci au serpent et au berger allemand, tous deux très motivés !), d'un harem de pacotille en passant par les méchants chinois sadiques et des plans glauques new-yorkais où les clochards viennent se défouler sur de la viande fraîche. Un racolage évident qu'il vaut mieux prendre au second degré, où l'on passe d'une scénette à une autre sans parfois se soucier des ruptures de ton abyssales (dont l'intervention d'un freaks queutard tout droit sorti d'un giallo).
* Emanuelle et les collégiennes / Suor Emanuelle (1977) Giuseppe Vari :
Une nouvelle pause pour Emanuelle dans cet épisode qui ne reprend d'Emanuelle que son nom ! À l'inverse du très malsain
Velluto Nero, Suor Emanuelle surprend par les distances qu'il prend vis à vis du reste de la saga ; mais des distances étonnement bénéfiques ! Bonne soeur impassible et glaçante, Soeur Emanuelle s'en va discipliner une adolescente délurée et nymphomane dans un couvent perché quelque part en Italie. Réalisé par un habitué de la sexy comédie qui a décidé ici de mettre la pédale douce du côté humour gras,
Emanuelle et les collégiennes reste à ce titre la plus lumineuse (bien qu'une touche de sadisme vient égayer l'épilogue) et la plus émoustillante des aventures d'Emanuelle, plongeon rafraîchissant dans l'univers de la nunsploitation.
* Emanuelle et les filles de Madame Claude / La via della prostituzione (1978) Joe d'Amato :
Alors qu'Emanuelle était elle-même un dérivé de l'héroïne de Just Jaeckin, voilà que d'Amato se permet un cross over avec Madame Claude, qui fut justement le troisième film érotique du Papa d'Emanuelle après
Histoire d'O ! Bien que décidé jusqu'ici à offrir une tournure épicée aux aventures de la reporter, le résultat est pourtant bien décevant, offrant d'abord un voyage coquin au Kenya (où Emanuelle et sa copine partage tout et gambadent dans la savane entièrement nues) avant de revenir sur des affaires de prostitution hélas bien mornes. Seul le compositeur Nico Fidenco (qui signe son score le plus disco) et Laura Gemser (qui finira le film en offrant son corps à tout un équipage !) semblent encore vivants dans cette affaire.
* Révolte au pénitencier de femmes / Emanuelle fuga dell'inferno -
Pénitencier de Femmes / Violenza in un carcere femminile (1982) Bruno Mattei & Claudio Fragrasso :
Le WIP était donc le dernier bastion du cinéma d'exploitation que la douce Emanuelle n'avait pas exploré : ce sera donc le cas, dans un dernier voyage au bout du bis...et plutôt deux fois qu'une ! Car, fait curieux, Bruno Mattei et Claudio Fragrasso s'accordèrent le temps de ces deux films quasi-identiques, et d'ailleurs tout aussi médiocres. Dans tous les cas, cette aventure pas vraiment glamour au fond de cellules crasseuses (où Emanuelle s'infiltre dans le but de dénoncer des pratiques honteuses) se donnent à fond dans le sexe et la violence : état de siège barbare, combat excrémentiel, rats grignoteurs...le cahier des charges du bon WIP de familles est remplit scolairement, et comblera sans doute quelques amateurs du genre, bien qu'on pouvait aisément se tourner à la même époque vers des perles du genre bien plus gratinées, comme le dyptique de Oswaldo Del Oliveira (qui réalisa d'ailleurs un sous-Emmanuelle intitulé sans ambiguïté
A filha de Emmanuelle !)
Bare Behinds Bars et
Amazon Jail.