jeudi 30 octobre 2014

Bande de Filles (2014) Celine Sciamma : Ni Pute, Ni Soumise


Les jeunes filles en fleurs, ça, Celine Sciamma maîtrise bien. Et elle y revient une nouvelle fois, sans doublon, sans déjà vu. Après la découverte du désir et du corps (toujours présente), la réalisatrice vient à ces ombres féminines qu'on croise et qu'on entend dans la rue, mais qu'on ne voit pas au cinéma . En somme, un regard sur un monde qui n'est pas le sien : les bandes de filles, les cités, la banlieue. Une des rares tentatives remontait à 1999 : La squale, plus sec, plus dur, et complètement oublié. Mais comme l'intéressée le dit elle-même, son geste est intentionnellement plus proche de Jane Campion qu'un pendant féminin de La Haine.


Alors que rugit Light Asylum, les projo chauffent plein feu sur un match de football américain : un sport peu commun dans l'hexagone, encore plus quand les casques révèlent l'absence d'hommes sur le terrain. Parmi ces filles, Marieme, 16 ans. Quand tout le groupe remonte dans leur cité, les rires et leur force s'amenuisent face aux hommes. Et Marieme retrouve sa vie, triste et sans surprise : deux petites sœurs, un frère violent, une mère absente, un père dont on ne saura rien. Cités dégingandées bâties sur des rêves à l'agonie. Quelques minutes à peine pour dessiner la prison de Marieme, et le schéma entier du long-métrage.


Puis, voilà que surgit la bande de filles du titre, trois grandes gueules qui intègrent la jeune fille et l'a pousse à sortir de ses gonds, que ce soit par la violence, le vol, la danse ou le combat.
Mais Bande de filles n'est pas, et ne sera pas, le Spring Breakers français : on serait même tenté de dire que le titre même est un brin mensonger. Car il est bien question d'une bande, mais en premier plan, il s'agit surtout de Marieme (à tel point que les autres filles, hormis Lady, resteront à l'état de silhouettes bavardes). Le groupe sera une étape pour la jeune fille, qui trouve dans cette logique de groupe une nouvelle raison de s'affirmer face au monde. Dans une chambre d'hôtel, sous un bleu irréel, la libération se fera à coup de Rihanna.


Ce qui passionne avant tout Sciamma, le masculin et (surtout) le féminin, est abordé de nouvelle fois de plein front. Ce que Marieme, devenant Vic, et Lady cherchent aussi à accomplir, c'est défier la dominante masculine en adoptant leurs codes. Gagner un respect, souvent par la brutalité. Mais c'est aussi le danger de le perdre par ses faiblesses ou en acceptant de vivre ses désirs. Ce que Marieme/Vic apprendra alors tristement. L'étape suivante sera pour elle de réfuter le féminin (et même de le terrasser au détour d'un duel symbolique), tenter de se fondre dans la masse des mecs de quartiers, comme un miroir amer.
Il ne s'agit pas d'une bande, mais bien du portrait d'une seule fille, se prenant l'enclume de la société patriarcale en pleine face : être une "pute"ou une mère, voilà son avenir et son présent aux yeux des autres. Mais Vic ne se considère ni l'une ni l'autre : son combat dépassera les limites du cadre, ira plus loin que le dernier plan.

À la dureté des thèmes, Sciamma révise son style avec une mise en scène électrique (hallucinante musique de Para One), à l'opposé du climat planant de Naissance des pieuvres et de l'épure de Tomboy. Opposition ou évolution ? Qu'importe, puisqu'on sent encore toute la beauté éclatante de son cinéma, où le drame social et féministe ne fait qu'un avec une quête initiatique, constellée de diamants, de néons et de bétons.


LE BONUS : 

* Naissance des pieuvres (2007) : Petite sensation à l'époque, étrange sensation même : dans une piscine de Cergy, des (jeunes) corps féminins se découvrent, s'attendent, s'impatientent ; l'âge des désirs qui germent. Il y Marie, obsédée par Floriane, une créature aquatique faisant tourner les têtes, et Anne, une silhouette à la Breillat qui attend le prince charmant : elles devront, au sens propre comme au figuré, prendre un grand bain de désillusion. Mettant en scène son propre scénario sous l'impulsion de son camarade Xavier Beauvois, Sciamma signe une œuvre qui ne ressemble à aucune autre, au carrefour de la bizarrerie érotique (sans que le regard ne paraisse déplacé ou scabreux) et du poème glacé. Apprentissage du désir et de la cruauté en milieu chloré, transcendant la froideur apparente vers une magie poignante. Et cette b.o de Para One qui résonne encore et encore jusqu'au fond des eaux. Et oui, tout ça c'était bien une révélation.

dimanche 26 octobre 2014

White Bird (2014) Gregg Araki : Mal de Mère


À une semaine d'écart, Gone Girl et White Bird racontent la même chose. Ou presque. Dans une banlieue middle-class, une femme disparaît un matin, laissant sa famille derrière elle. Inévitablement, tout le monde se pose des questions, le verni s'effrite petit à petit, plus loin les masques tombent : comme d'habitude. Fincher, égal à lui-même, fignole autour de cette idée un thriller machiavélique, Araki lui, en bon Peter Pan dépravé, vogue vers la chronique adolescente malade. L'un adapte Gillian Flynn, l'autre Laura Kesischke, deux écrivaines. Mais on s'arrête là pour le jeu des sept erreurs.


Dans les délaissés par cette desperate housewive bizarre (Eva Green, parfois dans le surjeu, fascine en poupée déglinguée qui ne trouve jamais sa place), il y a sa fille, sublime Shailene Woodley, dont la caméra d'Araki semble éperdument amoureuse. Une jolie puce qui biatche avec ses potes marginaux et apprivoise le plaisir charnel à sa manière (elle délaisse son boyfriend absent pour un homme plus mûr). Puis lentement l'absence maternelle finit par l'a creuser, l'a démange : le mystère qui se dissimule derrière l'a glace même d'effroi à travers ces rêves neigeux qui se répètent inlassablement...


Couleurs pétantes, voire dégoulinantes, secrets d’alcôves : Lynch n'est pas loin, mais il y a aussi du Douglas Sirk...sous acides bien sûr.
Derrière un décor de pub 50's, nous sommes pourtant dans les années 80. En terme de reconstitution musicale, Araki met d'ailleurs les bouchées doubles, avec de vrais moments planants sur fond de Cocteau Twins, Depeche Mode et autres Joy Division : une orgie new-wave excitante qui semble rattraper l'épure de Mysterious Skin, qui se déroulait également dans les 80's mais n'en faisait curieusement pas état.


Beaux, jeunes, sexués et au bord du gouffre, les corps adolescents chez Araki n'ont pas changé, mais ils font moins de bruit aussi. Des élans qui rythment une quête traumatique, un manque (maternelle ici, comme souvent chez Kasischke), comme pouvait l'être celui de Mysterious Skin, mais ici en beaucoup plus light (tout comme Kaboom pouvait paraître moins agressif que Nowhere et Doom Generation). Araki avance et recule, se perfectionne visuellement, rate quelques marches (une fin expédiée), et joue sur la même corde sensible : celle du désir et du tragique. Sauf que cette fois-ci, ce n'est pas la fin du monde. Mais il faut avouer que le mariage avec l'univers névrosé de Laura Kasischke va bien à Araki, et inversement.



LE BONUS : La Saga Apocalytique 

* Totally Fucked Up  (1993) : Inaugurant sa teen saga, cet opus n'est assurément pas le plus représentatif, mais peut-être le plus en avance sur son temps. Avant les aliens, les effusions de sang et l’abondance kitch, Araki abordait le suicide chez les jeunes homos, cernant un groupe de gays et de lesbiennes dans un style tenant aussi bien du clip que du documentaire. Si aujourd'hui, l'objet a formellement vieilli (lent, fauché et graphiquement bien sage), sa décontraction et les thèmes abordés font parfois mouche. Mais il faudra qu'Araki prenne du poil de la bête pour marquer enfin les esprits.

* The doom generation ( 1995) : C'est sans aucun doute là que le culte Araki a débuté, cherchant  à l'époque à exulter - dixit lui-même -  une véritable "rage industrielle". Dans un night-club infernal, alors que rugit Nine Inch Nails, le premier mot prononcé sera "Fuck". Autant dire que le ton est donné.
Entre la bande-dessinée trash et le bad trip, Araki passe à la vitesse supérieure, ose des décors de plus en plus fantasques, et couvre son spectateur d'un flot d’obscénités et de fluides corporels. Tout semble possible, d'une tête coupée qui parle à des murs couverts de messages menaçants, véritable défouloir/cauchemar (très) adolescent. Cavalcade sexy et meurtrière réunissant un giton sensible, sa copine pulpeuse et un ange exterminateur, The doom generation plante les vices de son auteur, qui se plaît à montrer ses héros prendre du plaisir avec autant de crudité que de passion, dans des motels impensables, ou à la lueur d'une bougie dans un même lit. Mais dehors, tout fout le camp : derrièredes paysages industriels et flashy, conservateurs, illuminés et nazis ne semblent faire qu'un, jusque dans un dernier acte effroyable. Avec Araki, on est est toujours très mal barré : c'est le no-future qui l'emporte.

* Nowhere (1998) : Plus fun et plus léger que Doom Generation, Nowhere ressemble à s'y méprendre à une folle soirée : des gens, des visages, des corps partout, des couleurs qui vous sautent à la gorge, et tout ça à un train d'enfer. Ballade loufoque d'un ado (toujours James Duvall, l'égérie masculine d'Araki) qui aime autant sa petite amie que ce mystérieux blondinet aux yeux vairons, Nowhere pourrait être un clip MTV cynique, qui frustre volontairement (le film s'ouvre et se ferme sur une jouissance stoppée net) et dérape à loisir. Derrière les garces, les éphèbes, les machos, les drogués et les punks, une invasion d'alien (tendance cafards géants et lézards monstrueux) se prépare. Simple détail (?) au milieu de ce capharnaüm pop et régressif.

* Kaboom (2010) : Dernier volet de cette teen-saga apocalyptique? Peut-être...
On s'amuse beaucoup à la fac ici, avec un héros bisexuel qui jouit tant qu'il peut et des tueurs qui cavalent avec des masques d'animaux. Araki aborde un public en terrain conquis, son casting est beau (avec une Juno Temple révélée au passage), et s'éclate à faire partir tout son petit monde en vrille. Après le trop plein de noirceur de Mysterious Skin (son chef d'oeuvre et trait d'union de cette saga apocalyptique), l'heure semble à la récréation, et il a bien eu raison. Il y a du Easton Ellis dans ce chaos de fin d'adolescence, là où tout commence mais donne l'impression que le monde se termine. Et ça se terminera bel et bien, dans un sursaut goguenard et insolent. D'un doigt d'honneur à un doigt tout court, il n'y a visiblement qu'un pas...

dimanche 19 octobre 2014

Simetierre (1989) Mary Lambert : Famille (Dé)Composée


Tout doucement, mais sûrement, Stephen King était devenu au cours des années 80, une licence, une marque déposée juteuse, et de plus en plus insatiable. Avant que les choses ne dérapent et que le cinéma d'horreur connaisse une première mort au cours des 90's, Misery et Simetierre frappaient fort en s'attaquant à des morceaux de choix, pas seulement pour leur noirceur, mais aussi dans les liens étroits qu'ils entretiennent avec leur créateur.


Jugé trop méchant, trop dépressif et trop éprouvant par son auteur, Simetierre n'est définitivement pas l'oeuvre favorite de King, dont l'histoire s'avère être partiellement autobiographique (jusqu'à l'intervention des morts-vivants bien sûr). Ressorti du placard par son auteur pour régler un litige avec un éditeur, Simetierre fera parti des rares livres de l'écrivain a ne pas avoir bougé (ou si peu) une fois adapté sur grand écran.

L'éviction de Savini et Romero a débouché sur le choix, incroyablement risqué, de la clippeuse Mary Lambert, dont les croix enflammées de Like a prayer avaient marqué les esprits. Paradoxalement, Simetierre est au contraire une œuvre dépouillée, presque plate, quasi-impersonnelle. À tel point qu'on soupçonne King d'avoir pris le contrôle de l'entreprise, l'escalade de Lambert dans le cinéma Z ne faisant que confirmer cette vision des choses...


Loin de la figure lambda du zombie, déjà bien bien escamotée dans les 80's, Simetierre revient au source du malaise et de la terreur morbide : rarement dans un film d'horreur, on avait approché de manière si frontale la question du deuil, qui frappe ici une famille tranquille venue s'installer près d'une terrible autoroute. Toute la problématique de la mort se canalise par le personnage d'Ellie, la petite de la famille (qui semble d'ailleurs dotée du shining, puisqu'elle entrevoit ce qu'elle ne peut voir dans ses rêves) qui tente de comprendre ce qu'est la mort, réveillant les démons d'une mère qui n'a pas essuyé un traumatisme d'enfance (matérialisé dans des scènes de cauchemars qui vous laissent blanc comme un linge). Pourquoi meurt-on ? Où va t-on ? Et surtout : peut-on revenir ?

De son côté, le père fait la connaissance d'un brave papy qui va lui révéler la nature magique et terrifiante d'un ancien cimetière indien, qui se cache derrière un cimetière d'animaux inoffensif, le fameux "pet sematary". Là bas, plus loin que la forêt hantée où on entend hurler les oiseaux (et sans doute autre chose), des terres acides ressuscitent les morts qu'on leur offre en pâture. Mauvais plan.


Spectres grimaçants, éclairs de gore cradingue (la scène finale, se permettant d'aller plus loin que celle du roman, semble échappée d'un film de Lucio Fulci), décors faussement tranquille, presque froids comme la mort, escalade irréversible vers la folie, poupon sanglant : Simetierre n’épargne aucun personnage, s'enfonçant dans les eaux boueuses du désespoir avec une fermeté encore impressionnante. Tellement, qu'il fait parti de ces films d'horreur qu'on revoit rarement par plaisir, mais plutôt avec une vraie boule dans la gorge, loin de la décontraction affichée par le célèbre tube des Ramones. Le décalage, lorsque la chanson surgit au générique de fin, n'en est que meilleur : on se soulage comme on peut après tant d'effroi.




LE BONUS : 


* Simetierre 2 (1992) Mary Lambert : Les années 90 commencent et le label S.King frappe des œuvres de plus en plus éloignées de sa plume...et plus proches des tiroirs-caisses. Malgré le refus de l'écrivain et du producteur Richard P.Rubinstein de récidiver, Lambert signe tout de même cette œuvre de commande ne tissant qu'un lien assez vague avec le premier opus. À quelques encablures de la maison des Creed, les héros tragiques de l'opus précédent, Jeff (un Edward Furlong tout juste sorti d'une suite plus glorieuse, en l'occurence celle de Terminator) et son père tentent de faire leur deuil (la mère, une actrice de film d'horreur, a fini grillé sur le plateau d'une série Z). 
Bien entendu, le cimetière indien revient foutre le boxon, avec cette fois un chien à la place du chat vedette, et des conséquences toutes aussi dramatiques, mais (beaucoup) moins poignantes. On y retrouve la Mary Lambert issue du vidéo-clip, avec une très belle photo et une atmosphère automnale esthétisante à souhait, mais aussi des choix plus discutables, faisant de ce Simetierre 2 une série b n'évitant ni le ridicule (le numéro de Clancy Brown en zombie rigolard) ni les facilités (une intrigue téléphonée qui ne lésine pas sur le grand guignol). Cette séquelle préserve toutefois un goût appuyé pour la cruauté (on y entrevoit du sexe nécrophile, on tue des lapins, des chatons, une famille et un gosse se fait broyer le visage par la roue d'une moto !) qui parachève son statut de divertissement un peu idiot, un peu méchant, mais somme tout regardable.

mercredi 8 octobre 2014

La Punition (1973) Pierre-Alain Jolivet - The Image (1976) Radley Metzger : Le Corps & le Fouet



"Et je ne me sentais que plus belle, désirable et amoureuse ces fers ainsi passés à mes poignets, le fouet claquant mes reins."

Libération sexuelle ou pas, le SM n'a sans doute jamais été aussi à la mode au cinéma que dans les 70's, avec l'explosion de la sexploitation, du porno et du Pinku au Japon. Entre la strangulation érotique de L'empire des sens, l'exploration quasi-documentaire du milieu dans Maîtresse, les nombreuses adaptations de Sade, les jolies plantes ligotées de Robbe-Grillet, les amours bizarres de Portier de Nuit ou de Liza, Marlon Brando se mettant au bondage dans Le corrupteur...le choix est vaste, et il y a de quoi ridiculiser toute une génération de Fifty Shades of Grey.

Adaptation opportuniste et vaine, Histoire d'O ne redorait pas vraiment le blason du genre, éclipsant au passage quelques oeuvres bien plus avisées sur le sujet. Un an auparavant, The image frappait bien plus fort et donnait l'occasion à Radley Metzger, un spécialiste de la sexploitation qui s'était déjà penché (gentiment) sur le sujet avec Camille 2000, de passer à la vitesse supérieur avec un sujet plus piquant, en adaptant un roman de Catherine Robbe-Grillet, femme d'Alain et prêtresse SM littéraire (et pas que).


Pendant près d'une demi-heure, The image a la saveur surannée mais un peu ringarde des ero-soft de son époque, partagé entre son décor de carte postal (ici Paris) et sa mise en scène démago (la voix off du héros, insupportable, raconte tout ce qui se passe à l'écran). On y suit un séducteur du dimanche entraîné par une ancienne maîtresse et son esclave, une jolie mannequin qui doit se plier à toute les volontés de la vilaine bourgeoise sadique. Ce qui le distingue déjà d'une majeure partie des films coquins, c'est l'utilisation du 35 mm, qui nous fait vite oublier qu'il s'agit d'un simple film hard. Une classe qui s'explique aussi par la présence de Robert Lefebvre, un des plus importants chef-op français ayant planché, entre autres, sur Casque d'or.

À Metzger de nous prendre presque par surprise, le temps d'une séquence suffisant à renverser la vapeur, à savoir une scène de triolisme sado-maso brûlante comme l'enfer. Une sorte de pivotement où les héros décident enfin d'aller plus loin que les petits humiliations de rigueur. Un grand moment, si incendiaire que le film ne s'en relève pas toujours. Mais il y a du souffre et de l'élégance dans cet objet chic et choc qui claque comme un fouet.


Encore antérieur, La punition cherche moins à se consacrer en objet excitant et masturbatoire, voguant vers un récit plus glauque et brutal. Empressé, bizarroïde, quasiment psychédélique, le film du mystérieux Pierre Alain Jolivet se balance entre plusieurs temporalités : la fuite d'un couple d'un côté, et ce qui les a amené à prendre la poudre d'escampette de l'autre.

Plantureuse, un peu maussade, Britt est prostituée par un trio infernal, dont son amant est l'investigateur. Mais décevant un client récalcitrant qui demande qu'elle soit « dressée », la jeune femme est emprisonnée dans une maison de campagne isolée, couverte de feuilles mortes et hantée par des hurlements incessants. Là, elle devra recevoir ses nombreux clients et satisfaire leurs demandes...

La punition n'est donc pas ce qu'on pourrait qualifier de "film de charme", tant le ton est triste, violent et surréaliste, avec ses soirées mondaines filmées comme un cauchemar, son héroïne martyr et son climat à la limite du fantastique. Jolivet fignole un objet bizarre, d'où surgisse des plans superbes, des moments d'hystérie secouants (une scène de viol au milieu d'une fête) mais surtout une mélancolie qui suinte de partout, de la musique (hallucinante) de Bookie Binkley au regard perdu de Karin Schubert. 
La manière dont cette ex-starlette des seventies s'offre à l'écran est sans doute ce qu'il y a de plus bouleversant à l'écran : dans ses sanglots, qu'on jurerait authentique, on aperçoit déjà la descente aux enfers que l'actrice vivra quelques années plus tard pour sauver son fils toxicomane, avec une escalade dans le porno qui froissera à jamais son corps et son âme. C'est dire si cette "punition" va au delà de la simple curiosité déviante, pour se changer presque en lettre de désespoir.