mardi 5 février 2013

Promenade avec l'amour & la mort (1968) John Huston : Les Amants Intemporels


Dans le fracas constituant sa filmographie éclectique, il est injuste de constater que les oeuvres les plus intimes et les plus discrètes de John Huston n'ont pas toujours eu la chance de se retrouver réhabilitées. Sans doute est-ce cette même discrétion, voire même cette modestie, habitant Promenade avec l'amour et la mort qui gêna tant les studios, là où Huston avait passé deux décennies à aligner gros budgets et classiques instantanés. La Fox se retint même de sortir le film en Europe, dont la distribution fut sauver in extremis  à l'époque par Les Cahiers du Cinéma. Malgré l'effort, rien n'empêcha le film de tomber dans l'oubli...

Huston va a contre-courant et tente le dépouillement, va à l'essentiel : nul étalage d'argent ou de vedettes, absence de spectaculaire, voire de concessions ; ce qui aurait pu être vain et cheap tend vers une authenticité surprenante, un naturel tranchant radicalement avec les récits moyenâgeux mis en scène habituellement par Hollywood. En ce sens, Huston se rapproche plus du cinéma européen, filmant le moyen-âge comme le faisaient Bergman, Pasolini ou Rosselini. 


A la frontière du récit picaresque, Huston trimballe deux amants, Héron et Claudia (jouée par sa fille Angelica Huston, dont c'est le premier rôle), au milieu des turpitudes de la Guerre de Cent ans, opposant français et anglais. Lui est un étudiant traversant la France et rêvant de voir la mer, elle une noble dont on a rasé le royaume.
Sans que Huston ne s'y force, la situation s'universalise en se plaquant aux événements qui frappaient le monde à l'époque du tournage (la fin des sixties), bercé par la guerre et les révoltes étudiantes. Les deux jeunes gens, d'abord entérinés dans leurs certitudes, font la découverte d'un monde barbare, où la violence profite à chaque camp, et ensanglante un peu plus le paysage : qu'importe l'époque au final, puisque la réalité est sensiblement la même ?


Huston ne glorifie rien n'y personne, ne cache ni la cruauté (une impitoyable scène d'écartèlement), ni le profit qu'en tire l'Église, qui apparaît sous les traits de pèlerins douteux et de moines fous. Cette France des jacqueries, du fanatisme et des massacres offre presque un tableau de fin du monde, complétée par la présence fantomatique de la peste, qui contamine les premières images pour faire d'une ballade champêtre une nature morte.

 Le contraste avec l'amour, impromptu et sans espoir, des deux héros s'opère alors dans une grande émotion, célébrée à chaque instant par la musique de Delerue. Dans la rêverie des amants, dans leur impossibilité et leur dérive, il y a l'esprit du grand romantisme.
Ultime geste atypique, Huston en oublie le pathos dont on frappe les amours mortes : la conclusion, abrupte, porte le souffle tragique au delà des images, et hante jusqu'à la fin du générique.

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